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La Bretagne dans le cinéma des années 60 et 70, une galerie de personnages

Le Cheval d’orgueil, une certaine vision de la Bretagne…

1975, on était sortis des images d’Épinal, avec tas de fumier et calvaires, et voilà que Pierre-Jacques Hélias, qui se fait appeler Pierre-Jakez Hélias, nous sort son Cheval d’orgueil.

500 000 exemplaires vendus, et les Bretons ramenés au XIXe siècle ! L’auteur est déjà presque une caricature. Un grand-père cantonnier, l’autre sabotier, un père né paysan à Plozevet et une mère de Pouldreuzic. Notre Hélias ne parle que breton durant son enfance. Bien qu’il soit devenu professeur de lettres, il garde toujours son sens de la Bretagne, marqué par la nostalgie, le souvenir. Alors son texte est admirable et sa peinture de la société du début du XXe siècle magnifique, mais la Bretagne qu’il popularise est vieille, folklorique et dépassée. De plus certains lui reprochent de ne s’intéresser qu’à la « Bigoudénie ».

La polémique enfle, jusque sur le plateau d’Apostrophes où Xavier Grall, que l’on ne peut soupçonner d’antibretonnisme primaire, s’en prend à la « vision passéiste et tout à fait incomplète » que reflète le livre. Chabrol en tire un film, en 1980, avec Jacques Dufilho et sa mâchoire carrée, sa foi traditionaliste et son royalisme. Le film ne rencontre pas le succès, la température retombe, le cheval poursuit sa route…

Le cinéma investit la Bretagne

Nous voici partis au cinéma. Le nôtre s’appelle « La Cane », à Montfort-sur-Meu, et il est tout neuf. Enfant, on y va avec les parents, voir le dernier film de Disney que Pierre Tchernia a présenté il y a quelques semaines. La salle est petite, loin de l’actualité rennaise, et il faut être patient car toutes les bobines n’arriveront pas rue de la Cane.

En 1967, Le Livre de la jungle a fini par être diffusé pour tous ceux d’entre nous qui avaient été assez sages… ou persuasifs. Il en fallait peu pour être heureux, et nous l’étions. Pas de couleurs sur l’écran de la télé familiale, pas de sorties autres que le foot du jeudi, la messe du dimanche et les repas de famille, et de temps en temps, cette toile faite de couleurs éclatantes, de musique entraînante, de bâtonnets Miko que l’ouvreuse dispensait à une marmaille qui avait tout d’oisillons dans leur nid. Les copains étaient là, les copines aussi, mais ce ne sont que des filles…

Que la fête commence ! Marielle inoubliable

Autre musique, autres enchantements en 1975 pour les enfants que nous avions été, devenus adolescents, sont retournés sur les sièges en bois au velours désormais bien usé. Tavernier vient de sortir Que la fête commence. On en parle au lycée, et il y a ceux qui l’ont vu, les Rennais pouvant profiter des nouveautés dès leur sortie, et les autres. Ils nous racontent Marielle, sa voix de stentor, ses rodomontades de marquis péquenot, et aussi quelques scènes d’orgie, des seins qui se promènent, des fesses qui s’offrent, et peut-être plus… Est-ce donc ainsi que nous voit ce Tavernier ? Arriérés, fanatiques, Bretons pour tout dire. Mais le rire prend le dessus sur la révolte, et tout le monde en prend pour son grade dans ce film.

Les galettes de Pont-Aven, pleines de rondeurs

Et, plus vieux d’un an, nous retrouvons tous le grand Marielle dans Les Galettes de Pont-Aven. Encore des seins, beaucoup de fesses, qui donneront à notre équipe une réserve de répliques cultes, de quoi agrémenter un bon paquet de boums, car si nous avons pris un an, les filles aussi… Il y a bien dans ce film quelques chapeaux ronds, coiffes et dentelles, mais avant tout une énorme envie de vivre, des désirs d’ailleurs et de liberté, et c’est chez nous qu’un modeste représentant en parapluies vient les trouver.

Rochefort, un marin plus vrai que nature

Le Crabe Tambour
Le Crabe-Tambour.

Plus tard encore, en 1977, le choc du Crabe-tambour. Le terrien que je suis découvre la Mer. Pas celle de Thalassa qui depuis 1975 nous montre l’océan une fois par mois, avec dans son générique cette étrave grise qui fend les lames monstrueuses sur fond de contrebasse, mais celle de tout le navire qui est derrière la fameuse étrave. Les acteurs sont grandioses. Jean Rochefort au sommet de son art, Claude Rich énigmatique et profond à souhait, Perrin égal à lui-même, tel que dans La 317e section.

Et toujours Dufilho en Breton rétrograde !

Et Jacques Dufilho, encore lui… Il n’est pas plus breton que Pagnol, mais il incarne, avec son vieux chef mécanicien un brin porté sur les alcools forts et son recteur fou, l’image de la Bretagne. D’une Bretagne.

Je ne sais pas combien de jeunes, partout en France, se sont rendus dans un bureau de recrutement de la Royale après avoir vu l’escorteur Jauréguyberry, mais nous étions tous partants pour un embarquement, quand l’heure du « service » viendrait.

Il y avait la Royale, la pêche du côté de Terre-Neuve, les histoires anciennes, la brume et les paquets de mer, la camaraderie et l’amitié, et qu’importe si le « Breton de service » était poivrot, illuminé et plutôt rétrograde.

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