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Voile et football, le sport de ma Bretagne, années 60

La voile pour les riches, le vélo pour les paysans… et le foot pour tous !

Tabarly, et la plaisance devient un sport !

1964, une course toute simple : partir d’Angleterre, seul, et rejoindre l’autre côté de l’Atlantique à la voile. Peu importe le nombre de coques, de mètres, de voiles. Pour nous, le yachting, c’était des Parisiens ou des capitaines d’industrie qui naviguent en blazer et casquette blanche sur des tonnes de cuivre et de vernis, ou pour grand-mère, la une de Paris-Match avec le prince Rainier et Grace Kelly sur leur Albercaro. Et voilà qu’un vrai marin, un de la Royale, va gagner au nez et à la barbe des Anglais : Éric Tabarly. De Gaulle le décore, la France l’admire, la Bretagne l’adopte. Et il est un fils prodigue ! Il donne aux ports d’autres accents que ceux des gamins embarqués à la pêche dès leurs 14 ans, et d’autres odeurs que celle du poisson pas toujours très frais après une marée un peu longue, avec une réserve de glace un peu courte. Il forme les grands marins de demain, les Kersauzon, Colas, Pajot, Poupon. Il fait rêver tous les gamins, de La Trinité, Morlaix, Pontivy ou Le Rheu, qui comme moi baptisent Pen Duick deux bouts de bois vaguement assemblés. Quant à ceux, dans les chantiers navals, qui assemblent pour de bon le contreplaqué, le chêne ou même le nouveau polyester, ils reçoivent leur acte de naissance, leur billet d’entrée dans le monde des loisirs et de l’industrie qui va avec. Les ports s’animent de voiles, de coques multicolores.

Les ports bretons naissent ou renaissent

Les terrasses parlent parisien chic et auvergnat rustique ; les pavillons anglais, allemands ou belges y font escale, et tant pis si quelques bassins sont comblés pour parquer les voitures ou si les anses sont bétonnées au profit d’estacades où s’échouent les navigateurs qui ont quitté leur lotissement surpeuplé pour s’entasser tous les trois mètres avec une douche et un W.-C. pour 1 000… La France est maritime et la marine bretonne !

Le vélo, symbole d’une Bretagne dure au mal

Pour les forçats des champs, l’évasion sportive a une chaîne, deux roues dignes du pire supplice, et ses chemins sont à la fois sinueux et accidentés. Mais il faudra attendre encore un peu pour la reconnaissance. Le Blaireau – alias Bernard Hinault – est encore tapi.

Allez le Stade Rennais !

Bon, à défaut de faire le tour du globe sur les mers, il nous reste les joies du plus universel des globes, le ballon. Et là, c’est enfin la délivrance. Le Stade Rennais gagne la Coupe de France en 1965. La radio est prise d’assaut, car pas question pour nous d’aller au Parc des Princes. Chacun a son préféré, suivant le poste qu’il occupe dans l’équipe du village ou de la classe, mais le meilleur (si si !), c’est Daniel Rodighiero, « Monsieur 20 buts ». Rien que pour cette Coupe de France 1964, il en a marqué 11, dont trois lors des deux finales. Car il y a eu deux finales, puisqu’à l’issue du temps réglementaire, nous étions à égalité avec Sedan. Les Sedanais étaient nettement moins bons que le Stade Rennais sur le papier, mais seulement sur le papier, et il fallut tout le courage des hommes de Jean Prouff pour se sortir d’un 2-0 au premier match, et aller chercher la coupe au deuxième avec un 3-1 dont deux buts de « Rodi ». Pendant six mois, c’était la bagarre sur notre stade (ou sur le champ du voisin), car tout le monde voulait s’appeler « Monsieur 20 buts » ! Cette victoire rennaise était attendue depuis des lustres, et elle a été un moment fort pour toute la région. La folie s’est emparée de toute la ville de Rennes, le maire n’hésitant pas à comparer ce jour à la Libération en 1944.

La galette saucisse… Le bonheur !

Les jours de match, quand, avec quelques « hommes » de la famille, nous allons route de Lorient voir nos héros, il y a un rituel auquel il est impossible d’échapper : la galette saucisse ! Que le temps soit clément ou exécrable, que la victoire nous sourie ou se refuse, les baraques s’installent, bien avant l’heure du coup d’envoi.

Il n’y a pas qu’au match que la galette saucisse est reine, et on en mange volontiers à chaque occasion festive, mais celle du match, c’est autre chose. La fumée envahit la route et signale des centaines de mètres à l’avance la future halte. Bien sûr, chacun a sa baraque attitrée, son « fournisseur officiel », et si le produit est partout le même, certains préfèrent telle galette un peu plus épaisse, telle saucisse plus cuite (une hérésie !) ou plus grasse, quand ce n’est pas plus simplement le sourire de la vendeuse. La recette est élémentaire et on ne peut pas parler vraiment de plat gastronomique. Une galette de sarrasin, froide bien sûr, une saucisse bien chaude mais pas trop grillée et c’est tout ! Il faut être d’Ille-et-Vilaine ou de Côtes-du-Nord pour connaître et apprécier, mais c’est ainsi : une galette saucisse avec un bol de cidre égale un excellent repas. On est calé, on a partagé un bon moment car la galette est encore meilleure si l’on est un groupe, parti dans une virée musicale ou sportive ou lors d’un vide-grenier de campagne. Enfant, on est fier de manger « comme Papa ».
Adolescent, on y trouve des forces et le prétexte à pas mal de bêtises au goût plus douteux que le mets lui-même. Adulte, on perpétue la tradition et l’on redemande un ou deux bols de cidre, pour faire descendre le tout…

Notre carré vert, le stade de foot municipal

Le stade c’est aussi le rendez-vous avec les autres : les cousins venus de leur campagne, les collègues de travail, les partenaires du club amateur local. Et il n’y a pas que les grands stades, ceux des équipes professionnelles. Partout on tape dans le ballon, même si les cages sont trois piquets de bois vaguement dégrossis et si un tacle un peu appuyé peut nous faire atterrir dans une bouse de vache, car il faut composer avec elles ! Les communes se modernisant, on voit enfin apparaître un vrai stade, avec un terrain plat, réglementaire – ou peu s’en faut –, et des balustrades en béton tout autour, qui nous serviront de tribunes. Et sans vaches. Si l’équipe amateur a un certain standing, on retrouve le panneau du père de notre copain, l’électricien, qui voisine avec celui du boucher. Mais il n’a pas eu le choix, il est président du club ! Le lien des veillées et autres fêtes paroissiales a disparu, et nous, les jeunes, nous ne l’avons jamais connu, mais il se recrée sur ces nouvelles étendues d’herbe autour d’un carré que le cantonnier a intérêt à bien marquer à la chaux avant chaque week-end. La buvette fait « tourner » le club, les discussions s’enflamment, et pas uniquement au sujet du ballon rond. Les hommes parlent politique – un peu –, argent – beaucoup –, et nous, les enfants, nous suivons l’exemple. Pas de politique pour nous, pas trop d’argent non plus, mais la passe ratée de Yannick que même ma grand-mère aurait réussie, la soeur de Solène qui est amoureuse – à 9 ans –, de Pierre ou la nouvelle Renault 16 que vient d’acheter mon père, et qui est moins bien que la DS d’après Jean. Mais son père travaille chez Citroën !

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