Posted in Histoire de la Bretagne

De Gaulle et le désenclavement de la Bretagne

La Bretagne à l’abandon

Notre région, on l’aime, on veut la voir dynamique, forte, mais il faut bien admettre que quand, après la guerre, la modernité s’est installée, la Bretagne a été laissée de côté sur certains points : un réseau routier ancien, des chemins de fer restés au temps de la vapeur et au mieux du diesel, et un vieillissement de la population.

Et le fléau principal, l’émigration. Les jeunes surtout partaient vers d’autres cieux, et pas parce que le soleil y était plus présent. Le travail était ailleurs, l’avenir aussi. C’était une véritable hémorragie qui privait en plein boom économique une région de ses bras et cerveaux. Les villages n’en finissaient pas de vieillir et de péricliter, les villes n’étaient guère attractives, que ce soit pour les industries ou pour les cadres et fonctionnaires de qualité. Du coup, les agriculteurs ne pouvaient pas « exporter », les pêcheurs ne pouvaient pas envoyer de poisson frais à travers toute la France, et même les vacanciers devaient être sacrément motivés pour aller respirer l’air frais et pur des côtes atlantiques ou de la Manche.

Les pêcheurs bretons veulent une autoroute pour livrer leur poisson !

En 1960, il ne subsistait plus qu’une seule région sans autoroute : la Bretagne. Les pêcheurs et paysans se mobilisent alors, manifestent, mettent à sac, brûlent, sont arrêtés, condamnés, dans une logique de revendication violente et désespérée. Mais leur action est aussi politique, et ils finissent par imposer une réflexion, puis des actes. On va « désenclaver » la Bretagne. Car c’est un serpent qui se mord la queue : il n’y a pas de raison de construire des autoroutes, car le trafic est faible, mais le trafic ne peut pas augmenter, parce que les entreprises ne s’installent pas dans une région sans autoroute. Du coup, le poisson de Méditerranée arrive plus vite à Rungis que celui des ports bretons, pourtant plus proches. Il en est de même pour les légumes, la viande. Même le téléphone est en retard, et le « 22 à Asnières » est plus qu’un simple sketch de Fernand Raynaud. Et de Gaulle est arrivé…

Et… De Gaulle est arrivé à Quimper

De Gaulle en Bretagne en 1969.
De Gaulle en Bretagne en 1969. (Le Télégramme, DR)

À Quimper, le 2 février 1969, moins de trois mois avant son départ, le président de la République confirme la volonté de l’État de sortir la région de son isolement et lance le désenclavement routier. Au programme, des voies rapides pour ceinturer et quadriller la Bretagne.

Avec quatre voies et sans péage, elles seront les artères du développement.

Le train de mesures touche aussi la SNCF, l’électricité et tous les aspects économiques de la région. Les usines vont s’implanter, les écoles supérieures se remplir, les commerces fleurir, les vacanciers découvrir les côtes et les ports, ainsi que la plaisance. Bientôt, on ne se reconnaîtra plus dans les images du passé, et les dernières coiffes rejoindront les vitrines des musées.

Gwenn-ha-Du, pour porter la Bretagne partout dans le monde

Mai 68, une sorte de révolution. Et plus encore pour notre Gwenn-ha-Du, le drapeau breton, car il paraît qu’un étudiant breton en a hissé un au-dessus de la Sorbonne.

Morvan Marchal, créateur du Gwenn-Ha-Du. Drapeau de la Bretagne
Morvan Marchal, créateur du Gwenn-Ha-Du.

Nous étions plutôt habitués à le voir en tête des pardons, quoique concurrencé par le vieil étendard herminé. Mais des hermines, ça faisait un brin royaliste, ancien régime, et le Breton moderne, pas forcément catholique et encore moins royaliste, se reconnaît plus dans la création de Morvan Marchal, qui s’est inspiré du drapeau américain. Les mouchetures d’hermine représentent collectivement la Bretagne, qu’il s’agisse de la province historique ou de la région actuelle. Les neuf bandes symbolisent les provinces historiques. Les cinq bandes noires représentent les cinq provinces de la Haute-Bretagne et les quatre bandes blanches représentent les quatre provinces de la Basse-Bretagne. Ce drapeau qui devient l’emblème de toute une région est né au début des années 1920, créé par Morvan Marchal, un architecte nationaliste breton. L’homme est royaliste et admire les chouans. D’abord maurassien, il vire progressivement au nationalisme breton. Il est à la fois radical, franc-maçon, néo-druidiste, puis malheureusement se perd dans des idéologies qui le rapprochent du nazisme, ce qui lui vaudra une condamnation à la Libération, puis l’oubli.

Photo en haut de l’article : Des drapeaux bretons brandis à Nantes le 27 septembre 2014 pour célébrer la Bretagne entière et son projet d’avenir commun. La 3e grande manifestation populaire de l’année revendiquait une cohérence territoriale, économique, culturelle, pour que la péninsule plus que millénaire conserve son unité. (Photo Kergoulay, creative commons CC BY-SA 4.0)

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