Posted in Le manuscrit perdu

Et si le meilleur écrivain français était Romain ? (ou Emile…)

Parfois je songe à prendre un pseudonyme. Parce qu’en fin de compte, je suis en train de livrer une bonne partie de ma vie. Vous imaginerez peut-être que tout ceci est pure fiction et totalement romancé, mais qui sait ?

Le plus fort pour les pseudos que je connaisse s’appelait Romain Gary, et je me suis demandé si je ne pouvais pas m’en inspirer.

– Bonjour Petit, tu veux écrire, c’est vrai? Ta mère va être contente! Tu es juif?

– Non, pas que je sache… C’est grave ?

– Non non, pas du tout. Arrivé de l’Empire russe peut-être?

– Ma mère est Polonaise. C’est grave aussi ?

– Non, c’est même un bon premier pas. Ce qui aurait été grave pour toi c’était de conjuguer les deux. Alors tu veux un pseudo pour écrire?

– Oui, et j’ai pensé à vous !

– Pourquoi donc?

– Ben vous voyez, vous vous appelez Romain Gary et je vous admire. En plus, vous avez eu tant de pseudonymes que s’il y avait une académie des écrivains avec pseudonyme, vous en seriez le secrétaire perpétuel.

– Perpétuel? Ah ça non! Déjà l’idée de vieillir m’est insupportable, alors prendre perpétuité, toute cette vie devant soi, quelle horreur! De toute façon, il n’y a pas d’académie des écrivains avec pseudonyme!

– Et une académie avec des pseudos écrivains, ça existe ?

– Juste quelques clowns lyriques…

– Alors pour mon pseudo, j’ai pensé à François Del !

– François Del?

– Oui. Romain, François. Vous comprenez ? Romain l’habitant de Rome et François celui de la France. François, comme Français en vieux françois.

– En vieux français!

– En vieux français, Français c’est François. Donc le vieux français est aussi le vieux françois !

– OK. Et Del?

– Vous avez pris Gary, alors je prends la fin de mon nom, Del. Gari… Del… Comme Garidel.

– Et comme deuxième pseudo, tu as une idée?

– Il faut deux pseudos ? Je suis peut-être un peu jeune pour avoir deux pseudos. Je vais attendre de vieillir.

– Catastrophe. Mais j’espère que ça ne t’arrivera pas. Jamais. Imagine comme ce doit être une chose atroce, et fais comme moi, je suis incapable de vieillir, j’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, tu le connais? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais!

– Oh! Saint Pierre!

– Oui mon Dieu, quoi encore?

– Vous avez une trace de ce fameux Gary?

– Gary qui?

– Romain Gary! Il est passé vous voir? Ou alors un Émile Ajar?

– Pffffff… Je sais pas, moi. C’est important?

– Un peu mon neveu! Regardez un peu pour voir. Et rapidement s’il vous plaît!

– Avant l’aube, je vous le promets!

– Non parce que vous voyez Saint Pierre, il ne faudrait pas qu’il croie que l’on peut choisir. On vient, on joue les héros pendant la guerre, on tombe les plus belles femmes, on fait la nique aux éditeurs et aux jurés du Goncourt, on parade en consul à Hollywood, et en plus on choisirait sa mort? Il est où le destin là-dedans? Elle est où la main de Moi? Où va-ton?!

– En même temps, il n’est peut-être pas passé par moi en arrivant ?

– Ah oui… C’est vrai qu’il est peut-être monté au Ciel par un autre service… Mais dans ce cas, forcément il m’aura vu au moment de mourir, n’est-ce pas? Il est obligatoirement passé en jugement auprès de Moi, non? Vous n’avez pas ça sur vos tables?

– Tablette, mon Dieu, tablette, et en plus c’est pas une Apple. Vous ne voulez toujours pas. C’est pourtant une belle création, non?

– J’ai dit non et c’est non! On dit oui, et une fois que le vers est dans le fruit, c’est foutu! Mais Gary, enfin Kacew, ou Ajar, ou Sinibaldi, Bogat et je ne sais qui, comment ai-je pu les rater? M’auraient-ils circonvenu avec tous ses pseudonymes? C’est un peu concis comme explication, non?

– Si.

 

[Note pour le secrétaire perpétuel de l’Académie Française : Monsieur le Secrétaire perpétuel de l’Académie Française. Je ne souhaite pas que vous interprétiez mal ma remarque sur une académie des pseudos écrivains. En effet, tout le monde sait, et moi en premier, que seuls les auteurs de très grand talent et ayant publié une oeuvre d’anthologie ont accès à l’épée et à l’habit vert. D’ailleurs Marc Lévy n’est pas chez vous. C’est une preuve, non ? pour vous prouver ma déférence et en respect pour votre grand âge, j’écris ce texte plus gros. À bientôt peut-être, car puisque vous êtes perpétuel, on se retrouvera le jour de mon accueil dans vos murs.]

 

[Note pour Marc Lévy : Il ne faut pas prendre mal ma remarque faite au secrétaire perpétuel de l’Académie Française. Tout bien considéré, j’aimerais mieux avoir votre succès que rentrer à l’Académie Française. Vous n’avez certainement pas besoin de réconfort, mais si c’est le cas, pensez aux donneurs de leçons littéraires, et songez qu’un académicien a dit « Rien de tel pour apprendre l’écriture qu’un maître qui ne sait pas lire. » L’intrus est-il celui qui écrit ou son lecteur ?]

 

[Note au lecteur de manuscrit : Ne prenez pas pour vous cette histoire racontée à Marc Lévy. J’adore les lecteurs quels qu’ils soient, et vous êtes certainement quelqu’un de très professionnel, qui ne sera pas comme certains critiques qui portent un jugement sur tout sans rien lire.]

 

[Note au critique littéraire de Télérama : Ne prenez pas pour vous ma remarque sur les critiques. Télérama est certainement un hebdomadaire aux critiques irréprochables, et seuls les quotidiens, pris par le temps, doivent lire en diagonale.]

[Note au critique littéraire du Monde : Ne prenez pas mal ma remarque sur les critiques littéraires des quotidiens. Je suis certain qu’au Monde, votre déontologie marquée par des idées progressistes et humanistes vous interdit de procéder de la sorte.]

[Note au critique littéraire du Figaro : Ne prenez pas mal mes mots adressés au Monde. Je suis certain qu’au Figaro, vous ne vous comportez pas en soutiens serviles du patronat.]

[Note au patron des éditions Flammarion : Ne prenez surtout pas pour vous les propos sur le patronat, car je sais que les patrons des maisons d’édition sont des gens sérieux dont la seule politique est celle de publier des livres de qualité.]

[Note au ministre de la culture : Ne prenez pour vous mon propos sur les personnages politiques. Je suis certain que vous vous différenciez nettement des hommes politiques professionnels.]

[Note à monsieur le député : Ne prenez pour vous mon propos sur les personnages politiques professionnels. Je suis certain que vous vous différenciez nettement de ceux qui font ça pour le pouvoir.]

[Note à Monsieur le Premier ministre : Ne prenez pour vous mon propos sur les ministres qui font ça pour le pouvoir. Je suis certain que vous vous différenciez nettement de celui qui a réussi à arriver tout en haut.]

[Note à Monsieur le Président : Ne prenez pour vous mon propos sur les présidents. Je suis certain que vous vous différenciez nettement de celui qui vous a précédé.]

 

Cet article est extrait du roman « Le manuscrit perdu ».

Le héros (?) est un petit garçon de onze ans, qui écrit un livre de souvenirs dans lequel de nombreux personnages réels ou imaginaires s’invitent (texte en italique).

 

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Illustration : Romain Gary (DR).

 

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