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Le Parlement de Bretagne à Rennes, l’histoire née des flammes

Il y a des dates dont chacun de nous peut dire « Ce jour-là, je faisais ceci, à tel endroit. » C’est vrai du jour où le premier homme a marché sur la Lune, et plus récemment d’un 11 septembre qui changea la face du monde. Pour tout Rennais, il y a une autre date : le 5 février 1994.

Le parlement de Bretagne est en feu !

La soirée du 4 a été agitée dans le centre ville. Plus de 5 000 marins-pêcheurs ont manifesté, excédés par la baisse des prix du poisson et la concurrence étrangère. Les pavés ont volé, et surtout des feux de détresse, que tout marin possède à bord. La violence a fini par s’estomper, le calme revenir, mais en pleine nuit des voisins appellent les pompiers : « Le toit du Parlement de Bretagne est en feu ! »

L’incendie, le 5 février 1994. © Sapeurspompiers - SDIS 35

Malgré la mobilisation de tous les pompiers de Rennes et des renforts venus de Nantes, rien n’y fera, et le lendemain le toit et tout le premier étage, auront été détruits. Et ce que les flammes avaient épargné, l’eau déversée en quantité l’a endommagé.

Un symbole de l’identité bretonne ?

On peut dire et écrire tout ce que l’on veut sur ce bâtiment construit en 1618, rappeler le précédent incendie de 1720 qui détruisit une grande partie de Rennes, mais pas lui ; évoquer son importance comme témoin du rattachement de la Bretagne à la France. Mais il suffit d’avoir parlé avec ceux qui vécurent de près cette nuit d’enfer pour comprendre quel traumatisme ce fut. Il est remarquable que l’incendie fut le déclencheur d’un véritable mouvement d’opinion régional. Avant lui, le lieu était très peu visité, restait cantonné à sa vocation de cour d’appel, et les politiques ne lui accordaient pas grand intérêt. Du jour au lendemain, le formidable élan de fierté et de solidarité suscité par le drame transforma le bel endormi en un lieu culte (voire « de culte ») que tout Breton visitant Rennes ne peut ignorer, comme s’il s’agissait de la source à laquelle un peuple devait venir s’abreuver, se baptiser. La restauration menée à partir de 1994 a tout changé.

Les gens se sont investis, les volontés se sont découvertes ou affirmées. La restauration est à la hauteur des efforts, et qui a vu les images de l’incendie ne pouvait imaginer qu’en sortirait un lieu aussi beau et porteur d’une identité. En restituer la beauté et l’intérêt en un article est mission impossible, mais allez dès que vous aurez fermé cette page consulter votre moteur de recherche préféré, ou mieux encore, réservez tout de suite votre visite (car il faut impérativement réserver, au 02 99 67 11 66 par exemple, ou sur www.tourisme-rennes.com).

Une construction déjà marquée par le sort

Le début de la construction date de 1618, mais il faudra attendre 1655 pour que les parlementaires prennent possession des lieux. La mort de l’architecte Germain Gauthier, une épidémie de peste et une fronde ont lourdement pesé dans ce retard. De toute façon, le Parlement d’alors « tournait » entre Nantes et Rennes depuis 1554 et continua à le faire jusqu’en 1709.

Le coeur de la ville de Rennes

Le Palais est aujourd’hui au coeur de la cité, mais lors de sa construction il était en bordure des fortifications, ou de ce qu’il en restait car elles commencèrent à être démantelées à partir de 1609.

Pratiquement un siècle après la pose de la première pierre, en 1720, un incendie détruisit 40 % de la ville, notamment les quartiers les plus riches et peuplés. Le Palais échappa aux flammes, grâce à des coupe-feu. Une statue de Louis XIV fut ensuite installée devant le bâtiment, sur la place nouvellement créée, et le grand escalier qui permettait d’accéder aux étages nobles détruit à cette époque, car selon l’architecte chargé de la reconstruction de la ville, « le Palais doit s’incliner devant la statue de Louis XIV comme les parlementaires devant le Roi ».

Avant cette forme « d’hommage royal », seul le premier niveau était richement décoré. Le rez-de-chaussée était quant à lui une prison avec un promenoir à la place du grand hall actuel.

Une place, rendez-vous des Rennais

La place du Parlement de Bretagne n’est pas étrangère à la beauté et à la puissance du Palais. Fruit de l’incendie de 1720, elle offre sa forme parfaite de quadrilatère réhaussée par l’homogénéité des façades qui la bordent. Homogénéité à peine troublée par un bâtiment dessiné par Robelin, l’architecte choisi à l’origine pour les travaux mais dont le projet était trop coûteux. La place accueille de nombreuses manifestations, heureusement pas toutes aussi animées que celle de 1994. Régulièrement des barnums et chapiteaux y sont établis, sans oublier l’incontournable, bien que si peu historique, marché de Noël. Dès que le soleil éclaire les escaliers de granit, les Rennais viennent y discuter, un sandwich à la main, le temps d’une pause déjeuner. C’est un lieu de rendez-vous, une place comme on pouvait la rêver autrefois, comme un forum où se croisent touristes et travailleurs, jeunes et anciens, pour affaire ou par plaisir.

Si vous allez à Rennes et devez y retrouver quelqu’un, dites-lui simplement « devant le Parlement ». Vous ne pourrez pas le rater, vous aurez marqué une forme d’attachement à la Bretagne, et vous serez à deux pas des plus belles rues de la ville.

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